Opinion : bilan de la Gouvernance de Bogola Haba et les enjeux structurels du sport guinéen ( Par Mohamed Issiaga Soumah)

 

La démission de Bogola Haba ouvre un débat qui dépasse largement sa personne. Beaucoup de Guinéens reconnaissent son intelligence, sa vision et sa capacité à conceptualiser des réformes. Pourtant, comme pour ses prédécesseurs, les résultats attendus n’ont pas été au rendez-vous selon une partie de l’opinion publique. Cela pose une question essentielle : le problème vient-il réellement des ministres… ou du système dans lequel ils évoluent ?

Un ministère historiquement instable

Le ministère des Sports en Guinée a connu une rotation très fréquente de ses dirigeants. Cette instabilité a plusieurs conséquences :

• Absence de continuité dans les politiques publiques
• Projets abandonnés ou redémarrés à chaque changement
• Manque de temps pour évaluer l’impact réel d’un ministre

Quand un département change de tête tous les 12 à 24 mois, il devient presque impossible de bâtir une stratégie durable.

Les moyens financiers et institutionnels : un vrai nœud du problème

Beaucoup d’anciens cadres sportifs, footballeurs ou observateurs le disent :
les ministres n’ont souvent pas les moyens de leurs ambitions.

Les défis sont énormes :

• Infrastructures vieillissantes ou inexistantes
• Budget limité pour le sport
• Fédérations parfois mal organisées
• Absence de plan national cohérent
• Bureaucratie lourde
• Conflits internes dans les disciplines sportives

Même un ministre compétent, visionnaire ou travailleur se retrouve rapidement confronté à un mur structurel.

. Le sport guinéen souffre d’un problème systémique, pas seulement ministériel

Les mêmes critiques reviennent depuis plus de 10 ans :

• Pas d’infrastructures
• Pas de formation
• Pas de vision
• Pas de résultats
• Pas de professionnalisation

Quand les mêmes plaintes persistent malgré plusieurs ministres, cela indique que :

le problème est plus profond que les individus nommés.

Il touche

• La gouvernance sportive
• Le financement
• La coordination entre État, fédérations et clubs
• La gestion des talents
• La planification à long terme.

2026 : une échéance qui exige une réforme profonde

Si la Guinée veut réellement transformer son sport d’ici 2026, il faudra :

• Un plan national du sport
• Une réforme des fédérations
• Un investissement massif dans les infrastructures
• Une professionnalisation de la gestion sportive
• Une stabilité politique au ministère
• Une vision partagée entre État, clubs, écoles et acteurs privés.

Changer de ministre sans changer le système revient à changer le conducteur sans réparer la voiture.

Reconduire Bogola Haba ou non : une décision politique

La décision appartient au président Mamadi Doumbouya.
Mais une chose est claire :

Reconduire ou remplacer un ministre ne suffira pas si les problèmes structurels ne sont pas traités.

Tant que le système reste le même, les mêmes cris, les mêmes frustrations et les mêmes revendications reviendront.

Conclusion

Le départ de Bogola Haba n’est pas seulement un fait politique :
c’est un révélateur d’un problème plus profond.

Le sport guinéen ne manque pas de talents, ni de passion, ni de ministres compétents.
Il manque surtout :

• une vision nationale cohérente,
• des moyens adaptés,
• une gouvernance modernisée,
• et une stabilité institutionnelle.

Sans cela, les ministres continueront de défiler… et les mêmes critiques continueront de revenir.

( Mohamed Issiaga soumah, Journaliste sportif)